Histoire du Régiment de la Chaudière

Sous le régime français

    Comme la majorité des unités de langue française du Québec, le Régiment de la Chaudière a son origine dans la milice canadienne, sous le régime français. En effet, c'est avec la seigneurie de Taschereau, établie en 1736 sur les bords de la rivière Chaudière que l'on trouve l'embryon qui devint le Régiment de la Chaudière.

    A cette époque, chaque seigneur devait voir lui-même à la défense de ses terres. Le seigneur Taschereau ne faisait pas exception. L'organisation militaire du seigneur était évidemment des plus rudimentaire; elle se composait des habitants qui travaillaient dans et autour de la seigneurie. Ces hommes, après leurs durs labeurs dans les champs et dans les bois, se réunissaient le soir pour pratiquer le maniement des armes dans le but de se défendre de l'ennemi éventuel, l'Indien et plus tard, l'Anglais. Il est rapporté que Charles-Antoine Taschereau servit sous les ordres de Montcalm, en 1758, et que Gabriel-Elzéar combattit Wolfe en 1759. Plusieurs hommes de la seigneurie combattirent avec les troupes françaises qui étaient en service dans la colonie canadienne. Très peu de noms canadiens sont passés dans l'histoire d'avant 1760. Comme soldat, il faut se rappeler que "nos pères sortis de France" ne sont pas venus ici comme conquérants, comme guerriers, mais comme colonisateurs et cultivateurs. Cependant, à cette époque comme de nos jours, ils ne refusaient pas l'appel aux armes, lorsque la patrie avait besoin d'eux.

 

Sous le régime anglais

     Lorsque le drapeau fleurdelisé "referma son aile et repassa les mers" on eut encore besoin des bras de ceux qui avaient subi la défaite avec gloire à Québec et avec victoire, à Ste-Foy et ailleurs. Le système de seigneurie demeura longtemps sous le régime anglais.

    Lors de l'invasion américaine en 1775, Gabriel-Elzéar Taschereau fut nommé colonel de son bataillon de milice par le gouverneur Carleton, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort en 1809. La population de la seigneurie en 1775, fit feu sur les troupes d'Arnold qui descendait la rivière Chaudière, mais hélas sans succès. Le Manoir Taschereau fut alors pillé par les troupes américaines. En 1812, le lieutenant-colonel Thomas-Pierre-Joseph Taschereau commandait le 4ème Bataillon du district du Québec. Il fit toute la campagne de 1812-1813 avec son bataillon.

    Suite au "First Militia Act" on créa le 9 avril 1869 le Bataillon provisoire de Dorchester et le Bataillon provisoire de Beauce qui constituèrent la naissance légale du Régiment de la Chaudière. En 1871, le Bataillon provisoire de Dorchester devint le 92ème Bataillon d'infanterie de Dorchester et le Bataillon provisoire de Beauce le 23ème Bataillon d'infanterie de Beauce. En 1900, le 23ème est amalgamé avec le 92ème pour ne former qu'un seul bataillon, et l'unité qui en résultera après avoir changé quelques fois de nom, deviendra finalement le Régiment de la Chaudière.

    Durant le premier conflit mondial, la contribution du 92ème Bataillon de Dorchester se fit sur une base individuelle. Il a fourni de jeunes officiers et des hommes aux 12ème, 41ème, 69ème, 169ème et le 171ème Bataillon de l'armée expéditionnaire Canadienne. Le Bataillon n'eut pas la chance de combattre comme tel, mais il fit son devoir en aidant les autres unités qui avaient été appelées sous les armes. En 1921, le Régiment prit le nom de Régiment de Beauce et en 1932, il devint le Régiment de Dorchester et Beauce. Il prit enfin le nom de Régiment de la Chaudière (mitrailleuses), en 1936 avec amalgamation avec le 5Th Machine Gun Battalion.

Durant les années 1937 à 39, le Bataillon se classa 1er sur 87 régiments, en tir et en signaux; en 1939, il était 6ème en efficacité parmi toute la milice canadienne. Rien de surprenant quand il s'agit d'appeler sous les armes, en service actif en 1939, une unité rurale que le choix des autorités tombe sur l'Unité qui s'était le mieux qualifiée en temps de paix, le Régiment de la Chaudière(Mitrailleuses).

 

Le Régiment de la Chaudière (1939 - 1946)

    Le Régiment de la Chaudière(Mitrailleuses), fut mobilisé le 1er septembre 1939. Il établit alors ses quartiers généraux à Lac Mégantic. Le Régiment passa l'hiver dans les édifices de l'immigration au Bassin Louise (Québec) et à la Citadelle. Au printemps 1940, il s'installe au camp Valcartier. Le 24 mai 1940, on le re-désigna sous le nom de "Régiment de la Chaudière" et devint unité d'infanterie (Rifle). A l'automne, il partit pour le camp de Sussex (Nouveau-Brunswick) où se groupa la 8ème Brigade jusqu'à son embarquement pour le Royaume-Uni le 21 juillet 1941. Durant son séjour en Grande-Bretagne, le bataillon suivit toutes les phases de l'entraînement nécessaire pour le débarquement. Stationné dans le sud de l'Angleterre et en Écosse, il prit part à toutes les grandes manœuvres de l'armée canadienne et à plusieurs de l'armée anglaise. Le Régiment se fit toujours remarquer par son endurance, sa débrouillardise et son esprit de corps. Entre temps, le bataillon fut envoyé dans le Nord de l'Écosse à Inverrary où il fut soumis à un entraînement très sévère. Puis vint la préparation immédiate du grand jour, le 1er jour de la victoire finale, l'invasion de la côte normande tôt le matin du 6 juin 1944.

Le 1er juin 1944, les premières troupes du Régiment de la Chaudière s'embarquaient à Southampton pour rejoindre l'Armada qui irait détruire la "FESTUNG EUROPEA". Le 6 juin 1944, le Régiment de la Chaudière débarquait sur les plages de Bernières sur Mer et entreprenait sa marche victorieuse à travers la France pour la continuer jusqu'en Allemagne, devant un ennemi demandant grâce. C'est ainsi qu'il peut aujourd'hui revendiquer l'honneur d'avoir pris part à la plus grande opération militaire de l'histoire, honneur qu'aucune autre unité québécoise ne partage avec lui.

    Le soir du Jour J, le Régiment avait atteint tous ses objectifs et il n'est pas exagéré de dire qu'il fut la seule unité de la tête de pont des forces d'invasion à réussir un tel exploit. Les pertes avaient été sérieuses, mais moindres que les prédictions, le sacrifice des uns, tout en couronnant leur courage, permettait aux autres de continuer la tâche. Les jours suivants, on ne s'arrêtait que pour permettre au Régiment de se reformer, combler les vides et se préparer à de nouvelles conquêtes. Colomby-sur-Thaon, Rots, Carpiquet, les Jumeaux, Colombelles, Vaucelle, noms qui évoquent à tous les anciens des heures de danger, de sacrifice, des jours de gloire. Après 55 jours en ligne, le 31 juillet, on accorda au Régiment un repos à Basly, village qu'il avait libéré le 6 juin.

    Ce fut la poussée à travers la France et la poursuite de l'ennemi en fuite, puis ce fut Mandeville, Rouvres et la défaite allemande en France. Le 17 septembre, le Régiment faisait le siège de Boulogne qui tombait le 22. Le 25, c'était au tour du Cap-Blanc-Nez de recevoir la visite des gars de la Chaudière et le même jour, Calais les recevait. Vint la campagne de l'Escault qui les occupa durant tout le mois d'octobre. Durant les mois de novembre à janvier, le Régiment tint des positions défensives à Nimègue, Kapel, Beck, Driehuizen, Groesbeek, Wyler et Althorst. Ce fut une période d'attente, de froid, de calme parfois poignant. On patrouille d'un côté comme de l'autre, on s'épie... On s'entraîne pour l'attaque finale.

    Le 8 janvier 1945, ce fut la bataille de Leuth, dans une région inondée par l'ennemi; le 26, après un combat acharné et au prix de sacrifices sublimes, c'est Hollen qui tomba entre nos mains. Mars connaît lui aussi des combats qui ont été pour l'unité des jours de gloire; qu'il suffise de nommer la forêt de Hochwald, Emmerick, Hoch, Elten. Durant le dernier mois de combat, le Régiment de la Chaudière livra plusieurs batailles qui méritent d'être citées et dont l'issue permit de détruire les dernières résistances allemandes. L'unité nettoya le Nord de la Hollande (Zutphen, Zwolle, Sneek, Lemmer, Bunde) et poussa en Allemagne, jusqu'à Grossefehn, vers Aurich dans l'intention d'attaquer Emden par l'arrière. Ce sont autant de lieux où le Régiment s'est couvert de gloire.

    C'est alors que le Boche qui en avait assez, décida de se rendre sans condition. Les "CHAUDS" combattirent du jour "J" au jour "V". Heureux d'avoir aidé à la défaite de ce peuple qui avait fait trembler le monde et avait voulu le dominer, les gars de la Chaudière, après s'être couverts de gloire, continuaient la tâche avec leur 3ème Bataillon et ils s'enrôlèrent dans l'armée d'occupation. Les nombreux combats auxquels il prit part du mois de juin 1944 à la victoire, en mai 1945, lui valurent le respect des troupes alliées et allemandes. Aux yeux de plusieurs observateurs, les "Chauds" comme on les appelait familièrement, figurèrent parmi les meilleurs soldats du monde. On sait que le Canada, une fois les hostilités terminées, participa à l'occupation de l'Allemagne. Le Régiment de la Chaudière peut aussi revendiquer l'honneur d'avoir été la seule unité levée au Québec à participer à cette importante mission. Il joua alors un rôle de premier plan dans la Péninsule Emden-Wilhelmshaven sur la Mer du Nord.

Le Régiment de la Chaudière (1946 à aujourd'hui)

    Alors que le 1er Bataillon combattait en Europe, un second bataillon de réserve avait été formé et préparait dans l'ombre, le renfort, le retour et la réorganisation du 1er Bataillon. Le 1er Bataillon revint au pays le 30 décembre 1945; il fut reçu à Québec en vainqueur et avec tous les honneurs qui lui étaient dus. On réorganisa le bataillon de réserve qui eut ses quartiers au Cove-Fields jusqu'en 1949 et après il fut déménagé à St-Romuald. Entre temps, le 3ème Bataillon ayant fini sa tâche d'occupation, revint au pays au printemps de 1946.

    On retomba dans la routine du temps de paix; l'entraînement 2 et 3 soirs par semaine aux quartiers-généraux de St-Romuald, et aux compagnies de St-Georges, St-Joseph, Lac-Mégantic et Plessisville. En septembre 1954, les quartiers-généraux de la défense Nationale annoncèrent que le Régiment de Lévis serait amalgamé au Régiment de la Chaudière et que ce dernier aurait ses quartiers-généraux au manège militaire de Lévis, où il est encore aujourd'hui. Depuis, le Régiment a repris son entraînement et essai par tous les moyens mis à sa disposition de former de bons soldats et de jeunes officiers compétents.

    Le 1er décembre 1947, la princesse Elizabeth devient Colonel en Chef du Régiment. Le 6 juin1964 à Bernières-sur-Mer fut élevé un monument à l'occasion du 20ème anniversaire du Débarquement du Régiment de la Chaudière en Normandie et en souvenir des membres de l'unité tués au cours des hostilités. Le 22 août suivant, le Régiment reçu ses drapeaux à la base de Valcartier. Le drapeau de la Reine et le drapeau régimentaire leur furent remis par Son Excellence Monsieur Paul Comptois, alors Lieutenant-Gouverneur de la province de Québec. L'année suivante, le 6 juin 1965 à Lévis, le général Ailleret alors chef de l'état-major des Forces Armées Françaises, remet au Régiment, le drapeau du 41ème Régiment d'infanterie de France.

    En mai 1967 fut inauguré le Musée du Régiment de la Chaudière par le président et chef de la direction du Mouvement des Caisses Desjardins, M. Cyril Vaillancourt.  Durant ce même été, le Régiment participa aux fêtes du Centenaire de la Confédération, en visitant une douzaine de localités de la région pour y faire des exercices de précision et donner des concerts. Puis à l'automne, le Régiment reçu la visite de sa marraine, la Comtesse Geneviève Hettier de Boislambert. En 1968 eut lieu le changement du drapeau de la Reine pour l'unifolié canadien. Le 10 juin 1979, la Beauce a enfin son manège. Cet édifice qui abrite la compagnie A du Régiment a été baptisé "Caserne Paul Mathieu" au cours d'une cérémonie sous la présidence du lieutenant-général Jean-Jacques Paradis commandant de la Force Mobile et à laquelle assistait Madame Mathieu. En novembre 1981, le quartier-général de la Défense Nationale, direction cérémonial, agréa à la demande du Régiment: qu'un mont de la base de Valcartier porte à l'avenir le nom du colonel Paul Mathieu.